Le cloître Saint-Saturnin
par
Bruno Guignard
| Historique |
| Le
cloître Saint-Saturnin au faubourg de Vienne à Blois n'est pas à proprement
parler un cloître puisqu'il n'y eut jamais d'établissement monastique
à cet endroit. C'est en réalité un cimetière à galeries datant du XVIème
siècle, l'un des derniers monuments de ce type existant en France, avec
le grand cimetière d'Orléans, l'aître Saint-Maclou de Rouen et le cimetière,
d'ailleurs inachevé, de Montfort l'Amaury. L'usage d'inhumer les morts
dans le voisinage des églises ayant été progressivement abandonné au
XVIIIème siècle pour des raisons d'hygiène, les cimetières monumentaux
disparurent peu à peu du centre des villes, à l'instar du grand cimetière
des Innocents aux Halles de Paris.
Le cimetière Saint-Saturnin fut construit sous le règne de François 1er, comme l'attestent les actes d'achat du terrain par les marguilliers de la paroisse en 1515 et 1516, de même que la présence de la salamandre, emblème du roi, sur l'un des chapiteaux. Ce cimetière neuf venait compléter un cimetière plus ancien situé au flanc sud de l'église, probablement saturé à cette époque. Utilisé sans interruption jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, il fut abandonné comme lieu de sépulture dès l'ouverture du nouveau cimetière de Vienne au début du XIXème siècle et concédé en 1807 par la fabrique de Saint-Saturnin à l'administration hospitalière qui y établit la buanderie de l'hôpital général. Ce n'est qu'en 1933, à la suite des voeux répétés des érudits locaux, que le monument fut récupéré par l'administration des Beaux-Arts et concédé à la ville de Blois qui y établit un musée lapidaire. |
| Le monument |
| Le
cimetière Saint Saturnin se présente sous la forme d'un trapèze irrégulier,
occupé en son centre par un enclos gazonné, bordé sur ses quatre faces
par des galeries couvetes d'ardoises. L'entrée se fait sur la rue Munier,
face au grand portail de l'église Saint-Saturnin, par un porte charretière
et un porte batarde qui lui est accolée, toutes deux percées sous un
grand pignon dont la charpente saillante forme auvent.
A l'intérieur, l'irrégularité du terrain est rachetée par la largeur inégale des galeries. En apparence semblables, elles présentent en fait de notables différences. La galerie d'entrée, la plus large, est couverte d'un comble à deux versants, alors que les trois autres sont couvertes d'une toiture en appentis. Les charpentes forment, dans leur partie inférieure recouvrant les galeries, un berceau, dont la forme varie du cintre surbaissé à l'arc brisé. Ces berceaux étaient autrefois couverts d'un lambris peint dont les traces subsistent en plusieurs endroits. En outre, la toiture de la galerie ouest est percée de trois lucarnes de charpente, d'ailleurs purement décoratives, puisque leur ouverture était autrefois masquée par le lambris. Sur trois cotés, le comble des galeries repose sur des poteaux de bois. Sur le côté sud en revanche, ce sont, pour des raisons mal élucidées, des piliers de pierre qui supportent la charpente. Ces piliers sont terminés par des chapiteaux caractéristiques de la première Renaissance. Leur décor est emprunté au répertoire habituel de cette époque : enfants nus, sirènes, monstres hybrides, masques, cornes d'abondance, coquilles... Mais à ce décor assez courant se mêlent des motifs qui rappellent la destination funéraire du bâtiment : ossements entrecroisés, pelle de fossoyeur, vases funéraires, têtes de mort. En outre certains chapiteaux sont ornés de scènes de la danse macabre, thème fréquemment traité dans les fresques depuis la fin du XIVème siècle (La Chaise-Dieu) et encore très vivace au XVIème siècle (La Ferté-Loupière, Meslay-le-Grenet). Pour exprimer concrètement l'idée que tous, pauvres ou riches, jeunes ou vieux sont égaux devant la mort, l'artiste représente des personnages de toutes conditions entrainés par un squelette. On reconnaît ici le pape à sa double croix, l'évêque à sa crosse, le connétable à son épée et probablement le roi François 1er lui-même, représenté près de sa salamandre emblématique. D'autres personnages, difficiles à identifier, sont également représentés aux côtés de ces grands personnages. Au centre de l'enclos, au dessus des dalles gravées marquant les sépultures, se dressait une grande croix aujourd'hui disparue. Quelques éléments subsistent de la décoration ou de l'utilisation primitives : le bénitier de pierre accolé à l'un des piliers face à l'entrée, deux piscines en forme de niche, rappelant le souvenir de deux des quatre autels qui s'élevaient sous les galeries, enfin quelques fragments de peintures murales. |
| Les collections lapidaires |
| Constituées dès le XIXème siècle par des érudits comme Louis de La Saussaye, les collections lapidaires se sont enrichies à la suite des bombardements de Blois en 1940. Grâce à la vigilance du Docteur Lesueur, alors conservateur du château, un très grand nombre d'éléments sculptés purent être récupérés dans les ruines ou soustraits à la pioche des démolisseurs. Précieux pour l'histoire de la ville, ces éléments sont souvent les seules traces d'édifices majeurs totalement disparus comme l'abbaye de Bourgmoyen, l'ancien hôtel de ville ou l'église Saint-Sauveur. Aujourd'hui encore, la collection s'enrichit des pierres provenant des édifices restaurés. Outre leur valeur historique, leur intérêt artistique est indéniable et permet d'embrasser un large panorama de la sculpture blésoise du XIIème au XVIIIème siècle |