Les maisons à pans de bois

 

maison rue beauvoirTout le monde connaît les maisons à pan de bois, que l'on appelle aussi maisons à colombages.
On les associe fréquemment à l'image de l'Alsace ou de la Normandie. S'il est vrai que ces deux provinces en sont largement pourvues, la construction à pan de bois, c'est à dire avec une ossature de bois, remplie de brique, de torchis ou de pierre, a existé dans d'autre régions.

A Blois, il nous reste encore une cinquantaine de demeures, qui ne datent pas forcément du Moyen Age comme on le croit trop souvent. En effet, la construction à pan de bois a été utilisée jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, concurrement avec la construction en pierre. Les plus beaux exemples datent de la toute fin du XVe siècle et du début du XVIe siècle, c'est à dire de la période où, les rois étant dans notre ville, la population s'enrichit et investit dans le bâtiment. La rapidité de la construction, la présence sur place de tous les matériaux - briques fabriquées aux tuileries du bourg Saint-Jean, bois de chêne des forêts environnantes, argile sur place - font choisir le pan de bois pour la plupart des maisons de la ville basse.

maison rue des 3 clefs

maison rue des 3 clefsAu début du XVIe siècle, elles adoptent les structures en croisillon ou en croix de Saint-André. Ainsi la maison du 3 rue des Trois clés, celles qui font face à Saint Nicolas dans la rue des Trois Marchands ou celles de la rue Robert-Houdin. Les plus anciennes sont pourvues d'étages en encorbellement qui permettent de gagner un peu de place comme à la maison dite des Acrobates, place Saint-Louis. Les plus riches sont (ou étaient) ornées d'un décor sculpté.


La maison de la place Saint-Louis ne représente pas des acrobates, comme on l'a longtemps supposé, mais bien plutot des danseurs, si on les compare à des gravures de la même époque. Le véritable acrobate se trouve tout à côté, au 13 rue Pierre de Blois, sous la maison dite de Denis Papin. Les engoulents, ces monstres qui semblent avaler les poutres à chaque extrémité, se rencontrent rue Pardessus ou rue de la Foulerie. On ne sait d'ailleurs s'ils sont seulement décoratifs ou s'il faut leur attribuer une autre signification. Ailleurs, des pilastres Renaissance décorent entièrement la façade comme rue des trois Clés, rue Beauvoir ou rue de la Chaîne.

Mais souvent ces décors ont été sacrifiés aux caprices du temps. Dès la fin du XVIe siècle, des ordonnances royales imposent de crépir toutes les façades. L'opération entraine la mutilation de toutes les saillies et donc de la plupart des décors. Pour des raisons de protection on recouvre les façades de bardage d'ardoises, dont certains, très travaillés ont hélas disparu récemment. Le pan de bois étant désormais caché, les constructions neuves adoptent, à la place des beaux croisillons de la Renaissance, le pan de bois en grille, plus simple dans sa conception, ainsi qu'on peut en voir rue Porte Bastille ou dans la cour des Miracles.

C'est seulement au XXe siècle que l'on redécouvre les pans de bois sous les enduits ou les crépis au plâtre. Quelques précurseurs avaient donné l'exemple. Dès 1957, la façade du 3 rue des trois Clés avait retrouvé sa splendeur d'origine. Beaucoup d'autres vont suivre, montrant parfois des traces de décor, bûchés au cours des siècles, comme sur les maisons de la rue Saint Lubin ou de la rue Robert-Houdin. D'autres restent encore à découvrir. Mais, à vouloir tout découvrir, on en oublie parfois que les enduits au plâtre peuvent avoir leur beauté. L'un des derniers à subsister, rue du Lion Ferré, mériterait une restauration d'urgence. Enfin, le goût changeant, on redécouvre que ces façades étaient autrefois colorées. L'exemple du 8 rue Pardessus, avec ses enduits fins colorés en ocre rouge montre bien ce que pouvaient être ces façades comme l'attestent encore le 36 rue Porte Chartraine resté dans son état d'origine, ou jusqu'à ces derniers mois le 48 rue Denis Papin dont les enduits ocre jaune ont été maloncontreusement remplacés par un banal enduit blanc.