Notes sur l'église Saint-Saturnin de Blois

par

Bruno Guignard

 

Historique

L'église Saint Saturnin de Blois, dédiée à saint Sernin de Toulouse est l'église paroissiale du faubourg de Vienne. Elle est le siège, depuis le Moyen-Age d'un important pèlerinage à Notre-Dame des Aydes, patronne de Blois.

L'histoire du monument est complexe. Son existence, très ancienne, est attestée depuis l'époque carolingienne. Le mur du bas côté sud présente, au niveau des combles, une construction en petit appareil dont les ouvertures sont extradossés d'un rang de briques, et qui pourrait remonter au Xè siècle.

Cependant l'édifice actuel est beaucoup plus récent. La nef, le choeur et les bas côtés ont été reconstruits dans le courant du XVè siècle. C'était alors un édifice très simple comprenant une nef aveugle couverte d'un lambris, flanquée de deux bas côtés éclairés par des petites fenêtres en tiers point.

Au début du XVIè siècle, la reine Anne de Bretagne décide une reconstruction suivant un parti beaucoup plus ample. Les travaux sont entrepris simultanément sur les bas côté du choeur et à l'ouest de l'église, sur la façade et les dernières travées de la nef et des bas côtés. La mort de la reine en 1514 interrompt ces travaux. Incendiée par les Huguenots en 1568, l'église est sommairement restaurée en 1570 et 1578. Une restauration plus ambitieuse est à nouveau entreprise dans la première moitié du XVIIè siècle en reprenant, avec moins d'ampleur, le projet du XVIè siècle. Une fois encore, les travaux sont interrompus et ne seront jamais repris. Cette genèse mouvementée explique en partie la curieuse silhouette de l'édifice et les ruptures de style que l'on peut observer à l'intérieur.

 

l'extérieur

église Saint-SaturninLa façade sur la rue Munier appartient aux travaux entrepris pour Anne de Bretagne. Le portail principal est surmonté d'un grand gable flamboyant et de voussures ornées de nombreuses niches aux dais finement ouvragés qui n'ont peut-être jamais reçu de statues. Les portails latéraux, plus simples, ont reçu au XVIIè siècle des vantaux de bois sculptés représentant la Vierge et le Christ dans des médaillons. Le clocher achevé vers 1630 a reçu à cette époque une importante toiture à l'impériale surmontée d'un lanternon, qui rappelle les toitures de Cheverny, contemporaine de cette construction.

Sur le côté sud, le premier arc boutant est terminé par un court obélisque de pierre, témoignage de la reprise des travaux au XVIIè siècle. La différence de hauteur des toitures de la nef montre la limite entre les deux grandes campagnes de construction : à gauche (ouest), les campagnes du XVIè et XVIIè siècle; à droite, l'oeuvre du XVè siècle. Après la petite porte latérale, la chapelle Sainte-Anne porte encore quelques inscriptions tumulaires qui témoignent de l'existence du cimetière paroissial sur tout l'emplacement de la place actuelle. La tourelle d'escalier et les deux baies qui lui font suite appartiennent aux travaux d'Anne de Bretagne. On y retrouve l'abondant décor flamboyant déjà observé sur le portail. En avant de la première fenêtre, la chapelle Saint-Pierre, datée de 1528, présente un élégant décor Renaissance à pilastres cannelés encadrant des panneaux à décor de coquilles. Le chevet et le clocher du choeur appartiennent à la première campagne de construction au XVè siècle.

l'intérieur

nef de l'église Saint-saturninLes deux dernières travées de la nef appartiennent aux travaux d'Anne de Bretagne, repris au XVIIè siècle. Les grandes arcades en tiers point s'ouvrent largement sur les bas côtés, éclairés par de grandes baies sans remplage.

Au dessus des grandes arcades s'ouvrent des oculi de forme ovale, destinés à l'aération des combles. Enfin, au dernier registre, les fenêtres hautes qui devaient éclairer la nef, n'ont jamais été ouvertes. Le gros pilier qui soutient le clocher évoque le style du XIIIè siècle et montre la permanence des formes gothiques jusqu'à la fin du XVè siècle.

Les voûtes de la nef centrale ont été refaites en 1570 pour les 4è et 5è travées, en 1578 pour les 1è, 2è et 3è. Deux inscriptions ornées de cartouches découpés et placées contre le mur nord de la nef rappellent le fait. Cependant ces voutes, établies plus bas que le lambris qui couvrait primitivement la nef, écrasent les proportions de l'édifice et n'ont pas permis la création des fenêtres hautes.

Dans la dernière travée du bas côté sud ont été placés deux tableaux qui ornaient naguère le choeur : la Dormition de la Vierge, tableau de la première moitié du XVIIè siècle et le Martyre de saint André d'Omer Charlet (1845).

Le long du bas côté sud ont été placés les dossiers des deux bancs d'oeuvre qui se trouvaient autrefois dans la nef face à la chaire. Le premier est celui des membres de la Confrérie du Saint Sacrement, le deuxième celui des marguilliers de la paroisse, c'est à dire des administrateurs civils qui géraient les biens de la "fabrique" paroissiale. Il est orné d'un bas relief en platre peint : le Lavement des pieds. Tous deux paraissent dater du XIXè siècle. Entre les deux bancs d'oeuvre, les traces brunes sur le carrelage sont celles de l'autodafé révolutionnaire qui en 1793 vit bruler l'orgue de l'abbaye de Bourgmoyen, attribué à la paroisse de Vienne, mais détruit par les paroissiens comme "souvenir féodal".

La chapelle Saint Pierre a été édifiée par la confrérie des mariniers dont saint Pierre est le patron. La voûte, très complexe, porte la date de 1528. Le vitrail, représentant saint Pierre et saint Clément, autre patron des mariniers, est une oeuvre du verrier tourangeau Lobin (1859). Dans le médaillon, belle représentation d'une gabarre, bateau à fond plat en usage sur la Loire jusqu'au milieu du XIXè siècle.

A l'extrémité du bas côté sud, le retable du Sacré Coeur est une oeuvre du XVIIè siècle en pierre peinte à l'imitation du marbre. Si la statue du Sacré Coeur ne date que du XIXè siècle, en revanche les deux statues placées dans les niches latérales, dont celles de Saint Jacques, à droite, sont contemporaines du retable.

Devant les grands piliers du choeur, quatre statues en pierre peinte représentent saint Saturnin, patron de l'église, saint Gervais, saint François de Sales et saint François de Paule. On ne connait pas l'origine de ces statues qui paraissent dater du XVIIè siècle

Le bas côté nord est entièrement voué au culte de Notre-Dame des Aydes.

A l'extrêmité est, l'autel date du début du XIXè siècle et abrite une statue en pierre (XVIIè siècle) de Notre Dame des Aydes portant l'Enfant, provenant de l'abbaye de la Guiche et donnée en 1803 à la paroisse par Nicolas Bucheron-Chéron.

Au dessus de l'autel, la peinture murale représente le Voeu de 1631. Au cours d'une épidémie de peste, les échevins de Blois firent le voeu de consacrer la ville à la Vierge si l'épidémie cessait. En remerciement de l'acomplissement du voeu, la Ville fit faire cette peinture commémorative que l'on attribue au peintre blésois Jean Mosnier (1600-1650). Au dessous de la Vierge, on reconnait les quatre echevins Butel, Thierry, Huart et Garnier, l'avocat Daniel et le père capucin Vincent de Nevers qui se dépensa sans compter durant cette peste.

Sur le coté nord, deux grands vitraux, exécutés par le verrier parisien Oudinot, rappellent deux évènements liés au culte de Notre-Dame des Aydes. Le premier évoque la crue de 1866 au cours de laquelle la Vierge accorda sa protection au faubourg de Vienne. La partie inférieure représente fidèlement la catastrophe, tandis qu'à la partie supérieure, les saints patrons des corporations du faubourg intercèdent auprès de la Vierge. On reconnait saint Saturnin, patron de la paroisse, saint Pierre, patron des mariniers, saint Fiacre, patron des jardiniers, saint Joseph, patrons des familles et des charpentiers, et Sainte Anne, patronne des menuisiers;

Le deuxième vitrail représente la cérémonie du couronnement de la Vierge de Blois le 20 mai 1860. Par bref papal, la statue de Notre-Dame des Aydes reçut le privilège d'être couronnée par le Cardinal Donnet, archévêque de Bordeaux. Le vitrail représente les principaux acteurs de cette cérémonie, ainsi que plusieurs notables de Blois dont le maire Eugène Riffault et l'évêque, Mgr Pallu du Parc.

Une grande quantité d'ex voto en marbre blanc montre l'importance de la dévotion à Notre Dame des Aydes au cours du XIXè siècle, tandis que quelques tableaux rappellent l'ancienneté de ce culte : Ex voto des Véroniques (1649), Ex voto de la chute du pont de Blois (1716, copie du XIXè siècle). Une belle et importante statue de Saint Barbe orne également le bas côté nord.